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SUJET: La philosophie doit-elle répondre aux questions qu’elle pose ? Karl Jasper. Sujet proposé par Wilfrid pour lundi 03.12.2018, + un bref compte-rendu

La philosophie doit-elle répondre aux questions qu’elle pose ? Karl Jasper. Sujet proposé par Wilfrid pour lundi 03.12.2018, + un bref compte-rendu il y a 2 semaines 4 jours #1

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La philosophie doit-elle répondre aux questions qu’elle pose ?
Karl Jasper a-t-il été bien compris ?

Merci Wilfrid pour ta question et ton introduction ci-dessous :

Karl JASPERS, Introduction à la philosophie, 1965 :
"Le mot grec « philosophe » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd’hui : l’essence de la philosophie c’est la recherche de la vérité non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu’à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, complet, transmissible par l’enseignement. Faire de la philosophie c’est être en route. Les questions en philosophie sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question".

Michel Onfray, Théorie du corps amoureux, 2000 :
« La philosophie devrait cesser de se contenter, comme elle le fait depuis longtemps, de problématiser, de faire l’histoire des problèmes et de suivre à la trace l’odyssée des questionnements quand elle gagnerait en devenant clairement la discipline des solutions, des réponses et des propositions.
Pour ma part, je ne me satisfais pas d’une philosophie de pure recherche qui consacre l’essentiel de son temps et de son énergie à solliciter les conditions de possibilité, à examiner les socles épistémiques sur lesquels se peuvent poser des questions. Je préfère envisager, à l’autre extrémité de la chaîne réflexive, la somme des affirmations et des résolutions utiles à la conduite d’une existence lancée à pleine vitesse entre deux néants. L’option théorétique produit des pensées autistes et solipsistes, des systèmes et des visions du monde apparentés à te purs jeux de langage destinés aux spécialistes, réservés aux techniciens, confinés aux laboratoires. Sur le terrain philosophique, je m’intéresse prioritairement à ceux qui trouvent plutôt qu’à ceux qui cherchent – et j’ai toujours préféré une petite trouvaille existentiellement utile à une grande recherche de philosophie inutile dans la vie quotidienne. Une anecdote et deux lignes extraites du corpus cynique me porte toujours plus loin intellectuellement et concrètement que les œuvres complètes de l’ensemble des productions de l’idéalisme allemand. »

Jean LEFRANC : maître de conférences honoraire de philosophie, université de Paris-Sorbonne ; Jacques BILLARD : professeur agrégé à l'Institut universitaire de formation des maîtres de Versailles ; Jean-Jacques WUNENBURGER : professeur émérite de philosophie à l'université Jean-Moulin, Lyon :
« En philosophie, les questions sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question. » Cette formule de Karl Jaspers, isolée de son contexte, a été trop souvent reprise, élargie au style aporétique de l'interrogation socratique ou d'un simple scepticisme (« Que sais-je ? »). Piètre échappatoire à l'objection de la multiplicité des systèmes ! Ce n'est d'ailleurs pas que la question philosophique soit sans réponse, mais au contraire qu'elle apporte une multiplicité de réponses. Elle se distingue alors nettement du problème théorique ou technique, appartenant à un domaine scientifique déterminé et qui, s'il est correctement posé, a ou aura une solution. Même l'indécidabilité d'un problème logico-mathématique est une solution qui se démontre : elle ne peut caractériser la question philosophique. Faut-il donc espérer la transformer en un problème susceptible d'une solution, par l'adjonction de données qui la déterminent suffisamment ? C'est ainsi, semble-t-il, que la question métaphysique du vide, devenue scientifique, a été résolue par des expériences célèbres. Voilà qui ne paraîtra satisfaisant qu'à ceux qui, à l'instar des positivistes, réduisent la question philosophique à une pensée préscientifique. Mais il suffit de lire Kant ou Bergson pour se convaincre que la question philosophique du vide n'a pas été scientifiquement abolie. Et une question portant sur la liberté humaine ou sur l'existence de Dieu, comment pourrait-elle être « saturée », sinon en reportant le questionnement sur les données mêmes qui doivent la déterminer ? Les questions de la tradition métaphysique ne peuvent être récusées comme de « faux problèmes » sans qu'il soit d'abord répondu, explicitement ou non, à la question, toujours présupposée, « qu'est-ce que la philosophie ? ».

Quelques ressources
- Un entretien avec Karl Jaspers : l'homme et la bombe. Article de l'Express
- Introduction à la philosophie, Karl Jaspers par Simone Manon. (PhiloLog)
- Un résumé-vidéo ici de la philosophie de Karl Jasper (en anglais avec transcription). Durée 4mn. (N'ai pas trouvé de ressources vidéo en français).
- A quoi sert la philosophie ? La réponse de Gilles Deleuze en 3mn.
- Pratiques philosophiques et histoire de la philosophie. Article de Michel Tozzi.
- Dicocitations du Monde sur Karl Jaspers.
- Mikel Dufrenneet Paul Ricoeur (Karl Jaspers et la philosophie de l'existence. 2000) :
«Une philosophie de l'existence comme celle de Karl Jaspers n'est pas seulement l'itinéraire d'une conscience individuelle ; elle fait appel à d'autres consciences individuelles et tente à l'extrême de communiquer avec elles, à la faveur d'un langage commun. Mais en retour, si le langage est commun, la pensée qu'il véhicule ne peut être chaque fois qu'individuelle. Je pense, tu penses, et nul ne peut produire à ma place ce courage et cette docilité par quoi la pensée est toujours l'action intérieure d'un individu. Seuls les mots, l'appareil des concepts, la carcasse des arguments, sont entre les consciences, couchés dans les livres, radicalement anonymes, et attendant d'être vivifiés par une expérience unique comme celle de leur auteur et naissant en liaison avec celle-ci. On n'entre donc point en curieux dans une telle pensée, mais par une sympathie active qui n'est d'abord qu'un risque gratuit, mais qui peut devenir un dialogue fécond, même - et surtout - si le dialogue doit être ce combat amoureux qui figure, selon Jaspers lui-même, la forme la plus haute de la communication des consciences.»
Dernière édition: il y a 1 semaine 3 jours par René G..
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La philosophie doit-elle répondre aux questions qu’elle pose ? Karl Jasper. Sujet proposé par Wilfrid pour lundi 03.12.2018 il y a 1 semaine 5 jours #2

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Un bref compte-rendu de notre débat

Nous étions entre 15 et 20 personnes. Brigitte a distribué la parole.
Par rapport à l'introduction, Willfrid l'a lu lentement, permettant à chaque participant de bien s'en saisir. L'idée de présenter deux cours extraits de texte défendant une thèse opposée est intéressante car elle invite à approfondir les positions, à préciser les enjeux et problèmes qui se posent.

- Quelques problématiques évoquées :
Il est clair que le questionnement pour le questionnement a pour effet de désincarner la philosophie, de l'éloigner des viviscitudes du quotidien. Mais il s'agit souvent d'une impression donnée par la difficulté de certains textes, en particulier des textes d'auteurs qui répondent aux auteurs du passé, aux philosophes contemporains. On peut ne pas comprendre le vocabulaire des spécialistes si nous n'avons pas la formation correspondante. Mais de nombreux philosophes distinguent les écrits pour le grand public (Sartre, Camus, Kant, Machiavel, ...) et ceux destinés à leurs confrères, aux étudiants. Peut-être aussi faut-il distinguer la philosophie en tant que démarche personnelle, apprentissage à une connaissance de soi, des autres et du monde d'une philosophe dans sa fonction académique ? Cette dernière requiert d'apprendre à comprendre les textes, leur contexte, leur histoire.
Par ailleurs, aujourd'hui, de nombreux philosophes s'expriment dans les médias pour donner leurs avis sur les actualités, la politique. Mais, donner son avis, lorsqu'il n'est pas situé dans l'histoire de la philosophie, quand il ne permet pas de comprendre les tensions et enjeux ethiques, civilisationnels, politiques qui se nouent, est-ce encore de la philosophie ? A mon avis, non. Ces personnes, toutes philosophes qu'elles sont par ailleurs, expriment leurs sentiments, des opinions qui, dès lors, valent toute autre opinion que les leurs.

- Répondre à une question, pour un philosophe, c'est un peu comme répondre à une question pour la science : c'est éclairer un problème posé sous un autre angle, en dépliant l'argumentation qui permet de voir comment se pose le problème. Ce n'est pas définir la vérité d'une chose, c'est plutôt préciser comment cette vérité se construit. A partir de là, un tableau élargi du problème qui se pose (causes et conséquences) peut se dessiner.
Certes, et puisqu'il peut y avoir des engagements, ou que l'urgence d'une situation demande à prendre position, le philosophe doit être averti du cadre et des limites dans lesquels son engagement du moment l'inscrit. Car, normalement, il connait les limites dans lesquelles se situe sa réponse.
Cela dit, nous aurions tort d'essentialiser l'étoffe du philosophe car, comme toute autre personne, ce dernier ne se réduit pas à sa formation, à son titre, à une image qu'il veut donner de lui. Il peut faire des erreurs, être négligent envers lui-même, être sujet à des humeurs.

Il se posait une autre question : adopter une attitude philophique et construire une pensée philosophique, quelle différence ?
- Bourdieu est-il philosophe par sa manière d'avoir fait de la sociologie ?
- Les politiques, les enseignants, les thérapeutes, l'ouvrier, le sportif, le retraité, etc. sont-ils philosophes dans les approches qu'ils adoptent par rapport à leur centre d'intérêt ?
Les attitudes, les engagements que nous adoptons sont peut-être le fruit d'une démarche philosophique, entendue comme répondant d'une sensibilité, de convictions, de croyances que l'on a sur l'idée de l'homme que l'on se fait.
Mais nos engagements ne sont peut-être pas passés au crible d'une démarche pratique et approfondie de la philosophie, en ce sens que, l'examen de ce que cela impliquait n'a pas été mis sur table, discuté et clarifié. D'où l'idée de différencier un engagement philosophique (une pratique, une conviction) du fait de construire avec une méthode dûment argumentée et contradictoire, une pensée philosophique.

Kant se demande ce qu'est l'homme en déclinant trois questions :
- Que puis-je savoir ? (ou ce que la raison permet et ne permet pas de savoir ?)
- Que dois-je faire ? (ou de quelle manière puis-je m'engager dans une pratique de vie ?)
- Que m'est-il permis d'espérer ? Autrement dit, sachant ce que je peux savoir, faisant ce qu'il m'est possible de faire, quel bonheur de vivre puis-je en atteindre ?

Quelle autre discipline, sinon la philosophie, nous permet de poser des questions aussi fondamentales ? Sans philosophie serions-nous soumis qu'à l'immédiat des sens, qu'aux convictions du moment, serions-nous comme des girouettes balottées par les vents du moment ?

Il a été demandé si Michel Onfray est aujourd'hui censuré par France Culture, comme il le laisse entendre : ici la réponse de France Culture à Michel Onfray
Dernière édition: il y a 1 jour 8 heures par René G..
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