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SUJET: Je est-il un autre ? Jusqu'où sommes-nous étrangers à nous-mêmes ? (+ un bref compte-rendu)

Je est-il un autre ? Jusqu'où sommes-nous étrangers à nous-mêmes ? (+ un bref compte-rendu) il y a 3 semaines 4 jours #1

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Je est-il un autre ?
Autrement dt, jusqu'où pouvons-nous être étrangers à nous-mêmes ?

Extrait de texte n°1
Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre Voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense. - Pardon du jeu de mots.
Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !
Rimbaut : Lettre à À Georges Izambard. Charleville, 13 mai 1871.

Extrait n°2
Car JE est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. Cela m'est évident . J'assiste à l'éclosion de ma pensée : je la regarde, je l'écoute : je lance un coup d'archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d'un bond sur la scène.

Si les vieux imbéciles n'avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n'aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s'en clamant les auteurs !
Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant.

Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprême Savant ! - Car il arrive à l'inconnu ! - Puisqu'il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu'aucun ! Il arrive à l'inconnu ; et quand, affolé, il finirait par perdre l'intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu'il crêve dans son bondissement par les choses inouïes et innommables : viendront d'autres horribles travailleurs; ils commenceront par les horizons où l'autre s'est affaissé!
Rimbaut : Lettre à P. Demeny. Charleville, 15 mai 1871

Questions pour notre débat :
- Jusqu’à quel point « je » est un autre ?
- Que faut-il faire pour se connaître soi en tant qu’autre ? Ce soi peut-il être si étranger à lui-même ?
- La connaissance de soi passe-t-elle par une destruction de soi, du moi, du « je » ?
- L’autre (en soi et extérieur à soi) est-il accessible à notre conscience, à sa propre conscience ?
Et vous, quelles questions vous suggèrent ces extraits de texte de Rimbaud ?

Des ressources à écouter et à lire :
- Je est un autre. Rimbaud philosophe. Les chemins de la philosophie. France Culture (Adèle Van Reth).
- Le cycle Rimbaud. Raphael Enthoven. France Culture.
- Soi-même comme un autre. Paul Ricoeur invité de La compagnie des auteurs. France Culture.

- "Je est un autre" par François Housset. PhiloVive.
- Je est un autre. La lettre d'Arthur Rimbaud.
- "Je est un Autre". Articulations du rapport entre identité et altérité. Fabula
- Lettre du voyant d'Arthur Rimbaud
- Soi-même comme un autre. Paul Ricoeur. Sciences Humaines.
- Je est un autre, la version de Paul Ricoeur (Soi-même comme un autre). Blog
Dernière édition: il y a 1 semaine 4 jours par René G..
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Je est-il un autre ? Jusqu'où sommes-nous étrangers à nous-mêmes ? + un bref compte-rendu. il y a 1 semaine 5 jours #2

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Quelques impressions suite à notre débat

Nous étions environ 25 personnes. Comme toujours, les échanges sont riches.

Les échanges ont mis en évidence une difficulté, celle de partager des représentations subjectives :
- qu'est-ce que l'autre en moi ? Cet autre est-il une partie du "moi", de mon inconscient ?
- Quelle est la différence entre "je" et moi ?
- Quand je dis "je" est-ce que je parle du sentiment de soi profond ou est-ce que je parle de l'image publique que je présente aux autres ?
- Jusqu'à quel point le "je" est-il conscient de son moi profond ?
- Le "je" est-il toujours en bagarre avec son moi ?

Selon si l'on se réfère à Kant, Spinoza, Freud ou Sartre, les lignes de démarcation et les réprésentations des différentes parties de l'être (je, moi et le corps) ne sont pas les mêmes.
En dépit de ces différences, il est intéressant de percevoir la diversité des angles de vue des participants, qu'ils se réfèrent à des auteurs ou à leurs expériences et formulations propres.

En fait, je me suis posé cette question, Rimbaud semble avoir suivi une voie autodestructive (par le dérèglement des sens, la prise de drogue, une manière de vivre sa vie à hauteur du tragique de sa poésie). Mon hypothèse et ma question serait celle-ci : cette destruction n'était pas l'autre (un tout autre en lui), mais sa nature profonde, celle qui s'était construite dans son enfance. Autrement dit : le tout autre en nous, en dépit du sentiment d'étrangeté qu'il nous renvoie, n'est-il qu'un miroir de soi ?
Ce qui pourrait signifier que, pour se trouver, et dans la mesure où l'on ne se reconnait pas soi, ne doit pas conduire à des actes de destruction de soi, mais encore et toujours, à des actes de construction de soi.
- Autre question : pour se construire soi, faut-il parfois se construire par devers soi ? C'est-à-dire en ne prenant pas pour argent comptant les messages du soi ? Autrement dit, en ne prenant pas ses sentiments et convictions pour des vérités, mais comme des symboliques de soi, des espaces intermédiaires et intérieurs où le cerveau délivre une interprétation de soi. C'est le soi comme phénomène, tel qu'il se présente à la conscience, mais pas nécessairement tel qu'il est effectivement dans sa vérité d'être. Cette dernière reste mouvante, complexe et jamais totalement définie, en raison des mouvements qui la traverse en permanence.
Dernière édition: il y a 1 semaine 4 jours par René G..
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