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SUJET: Rencontre n°11 du dimanche 6 mai 2018. Café philo de la connaissance de soi (Compte-rendu : Tourner en rond, peut-on aider une personne qui ne se comprend pas elle-même)

Rencontre n°11 du dimanche 6 mai 2018. Café philo de la connaissance de soi (Compte-rendu : Tourner en rond, peut-on aider une personne qui ne se comprend pas elle-même) il y a 8 mois 2 semaines #1

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Bonjour,

L'acte d'écrire témoigne du travail de prise de distance que chacun fait avec sa propre pensée. N'hésitez pas à investir votre écrit, même s'il n'est que de quelques lignes : la connaissance de soi est liée à la capacité à rendre compte, à soi-même et à autrui, des mouvements de sa pensée.
Ce forum est dédié à la rencontre du dimanche 6 mai 2018. En tant que participant, vous êtes invité à exprimer votre ressenti, à faire l'analyse d'une situation, à partager une problématique, à formuler une question que vous vous posez, à dire ce que vous retenez de la séance. Vous pouvez également suggérer des idées en vue d'améliorer le cadre de nos échanges.

A bientôt.
René Guichardan.
Ps : pour poster un sujet dans le forum, il faut être inscrit, suivez les indications dans ce tutoriel (cliquer ici) pour vous inscrire. . Contactez-moi si vous rencontrez des difficultés de connexion. Merci.
Dernière édition: il y a 6 mois 2 semaines par René G..
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Rencontre n°11 du dimanche 6 mai 2018. Café philo de la connaissance de soi (Compte-rendu à venir) il y a 6 mois 2 semaines #2

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Compte-rendu de la 11ème séance, dimanche 6 mai 2018
Tourner en rond, ou peut-on aider quelqu’un qui ne se comprend pas lui-même ?

Nous étions 5 personnes durant cet échange. 2 étaient des habituées, 2 venaient pour la première fois.
Les pseudos choisis pour les situer dans les séquences d’échange ci-dessous :
Vinc, Franç, Isa, Pasc,

1er tour de table, des réponses à la question : qu’est-ce que la connaissance de soi pour vous ?
- Vinc : C’est savoir comment on pense le monde, comment on se vit soi-même, comment on interagit avec les autres. Comment on lit le monde.

- Franç : Je suis régulièrement confronté à des gens en stress, j’essaye alors d’être au courant des flux qui me traversent, des mécanismes qui m’animent, et je suis amené à pratiquer une écoute active. C’est toujours un peu compliqué d’être dans l’écoute et l’absence de projection. On tend en effet à répondre autant en fonction de ses fantasmes que de ses interdits, les deux organisent notre façon d’intervenir.
Il y a, par ailleurs, les lieux psychologiques à partir desquels on parle, c’est-à-dire en tant que parent, amoureux, en rupture, esseulé, en couple, célibataire, …etc, notre condition du présent dit quelque chose de notre manière de voir le monde.
En résumé, il y a deux axes :
- Qui parle (c’est la personne et sa psychologie, ses structures, sa connaissance d’elle-même)
- D’où je parle, (c’est ma position de vie, célibataire, parent, séparé, ma situation d’expérience en général)
Au final, la connaissance de soi est une synthèse qui relève d’une perception intuitive de soi.

- Isa : Par rapport à la connaissance de soi, je la relierai à ce que je vis en ce moment : un besoin de pause. La connaissance de soi, ce ne serait pas uniquement un rapport de travail avec soi-même, c’est également reconnaître son besoin de se déconnecter de soi, de son rapport au monde, de faire le vide pour mieux être à l’écoute. C’est antinomique, mais j’y un sens un besoin d’écouter du silence : on peut écouter le silence. Comme le vide qui peut être aussi créateur, par sa possibilité de laisser émerger des choses inattendues. Dans tous les cas, c’est un rapport de bienveillance avec soi-même. Donc, en ce moment, je suis dans un besoin de face à face avec ce repos.
- Réponse de Franç : Cela m’évoque une citation de Christian Bobin: Être loin de moi pour qu’enfin il se passe quelque chose.

- Pasc : Jusqu’à présent, la connaissance de soi, pour moi, c’était d’écouter l’enfant qui est en moi, je suis toujours en accord avec cela, mais j’ajouterai aujourd’hui, c’est la capacité à faire face aux événements, aux obstacles, aux rencontres, à ce qui nous perturbent en général. En effet, l’écoute (l’accueil) doit être associée à une capacité de positionnement, de savoir dire « non » ou « oui » selon ce qui nous convient profondément.
En fait, aujourd’hui, je subis des situations et je vois que je n’ai pas la capacité de me positionner par rapport à elles, mes efforts restent vains.
Réponse de Franç : J’ai été frappé lorsque j’ai compris Sartre avec sa notion de responsabilité existentielle. Il y a une différence entre responsabilité causale et existentielle. Dans la responsabilité causale, je suis à l’origine de mes actes et des conséquences que cela engendre. Tandis que pour la responsabilité existentielle, c’est l’idée que, si je n’existais pas, je ne pourrai agir. Ma responsabilité existentielle est engagée dans la mesure où, témoin d’une situation, je suis le seul à pouvoir décider d’une action à conduire.

Remarque par rapport à ce premier tour de parole : Vinc et Franç expriment une idée générale de la connaissance de soi, tandis que Isab et Pasc font témoignage d’un positionnement (être en pause, savoir faire face).
Particularités de cette séance
L’un des participants est étudiant en neuroscience, un autre est impliqué dans la relation d’aide. Par ailleurs, Pasc, autour de qui vont se focaliser les échanges ci-dessous, avait déjà été au centre de la séance n° 4, où il était question d’une pratique de la Communication Non Violente (voir ici).

Tutoiement – vouvoiement
Les participants trouvent plus simple de se tutoyer, mais Pasc préfère continuer à vouvoyer les participants, tout en les rassurant que cela ne le dérange pas qu’on le tutoie. …. En général, les participants préfèrent alors le vouvoyer. Sa manière de vouvoyer quasiment tout le monde se trouvera questionner en fin de séance.

Évocation d’une situation-problématique
- Vinc à Pasc : J’ai été interpellé par votre situation, vous donniez l’impression qu’elle était inextricable, que vous vous sentiez coincé. Je ne sais pas si vous souhaitez identifier le problème qui se pose ?
- Pasc : Je peux donner des exemples si vous voulez.
- Isab à Pasc : Oui, la séance précédente, tu exprimais une frustration. Serais-tu prêt à en parler aujourd’hui, justement pour essayer de clarifier ce qui se passe.
- Pasc : J’avais évoqué (séance 4) une situation face à un client qui manipule son monde, il réinterprète tous les faits à sa convenance…
- René : Sans partir dans un descriptif de la personne avec laquelle tu es en conflit, car ce n’est pas sur elle que l’on doit travailler, mais sur ce que tu dis de toi, peux-tu évoquer simplement tes propres réactions ?
- Pasc : En fait, j’ai choisi d’arrêter la relation parce que pour moi ce n’était pas possible.
- René : Tu considères qu’arrêter la relation est une solution ?
- Pasc : C’est la solution que j’ai accepté aujourd’hui. C’est une manière de sortir du problème que cela me posait. Je ne dormais plus, j’y pensais constamment…Tant pis pour l’argent que j’y perds.
- Franç : C’est onéreux, mais salvateur. (Compatissant)
- Pasc : J’étais trop perturbé par cette personne,
- Vinc : Tu as décrit la souffrance que cela induisait. Tu parles d’un rapport à un client, lequel, dans la société, est considéré comme « roi ». Ensuite, je ne sais pas comment tu situes la différence entre la sphère professionnelle et la sphère privée ?
- Pasc : Cette personne se comporte ainsi avec tout le monde, les clients, les amis, sa famille. Elle change la réalité des faits pour les faire correspondre à son point de vue, à ses intérêts…
- Vinc : Pour moi, ta situation résonne avec celle que je connais, en particulier dans les relations asymétriques. Ces dernières nous obligent, à tort ou à raison, à des contorsions intérieures (entre des obligations professionnelles et son désir personnel de vérité). Mais on sent pour toi que cela a duré suffisamment longtemps et que tu en souffres beaucoup.
- Isa : C’est un divorce dans le contrat avec cette personne (évoqué en séance 4). J’ignore depuis combien de temps, vous la connaissiez. Mais on sent l’évidence avec laquelle c’était pesant pour vous, et que cela vous « mangeait ». Vous disiez ne plus pouvoir en trouver le sommeil, de ne plus pouvoir respirer, il y avait donc un impact sur vos besoins vitaux. J’imagine qu’il y a eu le contrecoup d’une décision à prendre…
- Pasc : Pas tant que cela, non, c’est plutôt un soulagement.
- Vinc : Ben, si vous avez mis longtemps avant de prendre la décision, c’est qu’il y a eu un coût à la prendre.
- Pasc : Peut-être oui.
- Vinc : Lorsqu’on tarde à prendre une décision qui nous convient, c’est qu’on hésite à y mettre ce que cela nous coûte.
- Pasc : Oui, c’est vrai. En fait, avant de faire ce choix, j’avais tout essayé.
- Franç : Vous avez pris une distance par rapport à cette personne. Cela semble un acte réfléchi, et non une simple démission. Est-ce que vous auriez pu faire autrement plus tôt ? Je ne le crois pas (reformulation de la problématique posée). Quand on prend une décision, on le fait avec les moyens du bord à disposition au moment T. La réflexion à froid, et que l’on fait après coup, est souvent enrichie d’expériences intermédiaires, ce qui fausse notre point de vue sur le passé. Le regret a posteriori est souvent une auto flagellation.
- Vinc : Oui, c’est en prenant des décisions que l’on avance dans la connaissance de soi.
- René : Il me semble qu’on peut avoir tous les éléments dans le présent pour prendre une décision, simplement, on ne mobilise pas toute notre énergie de façon à résoudre la difficulté en question. Ainsi, on peut se retrouver dans une répétition comportementale, par incapacité à rassembler dans le présent toute sa conscience du moment.

Remarque générale : Malgré l’écoute empathique des participants, Pasc poursuit ses explications avec un sentiment d’abattement, de résignation. C’est comme s’il ne recevait pas l’écoute qui lui était offerte.

Reprise de l’échange
Ne pas confondre : se connaître, accepter les situations, et trouver des solutions

- René s’adressant à Pasc. Il me semble important que tu te sois désaliéné de cette relation, mais le processus qui t’avait aliéné, je me demande s’il est toujours là ? A ton avis, le problème est-il toujours encore présent ? Autrement dit, dans une situation comparable, risques-tu de te trouver à nouveau en difficulté ?
- Pasc : Je pense que ce processus est toujours actif, et j’ai déjà un conflit avec une autre entreprise….
- Vinc : Je distinguerai le processus d’aliénation (les logiques internes) et la situation d’exemple, le descriptif qui conduit à la situation que tu évoques. Tu confirmes que le processus d’aliénation est toujours actif. (reformulation de la problématique)
Donc tu as dû comprendre que tu souffrais avant de te positionner. Par contre, dans le rapport à toi-même et aux autres, tu gardes les mêmes inclinations. La connaissance de soi, c’est peut-être plus la connaissance des processus d’aliénations que la description d’une situation. Car si la situation se reproduit, tu n’auras pas forcément le recul nécessaire pour ne pas t’enfermer à nouveau dans des situations inextricables.
- Pasc : J’ai de la difficulté à m’imposer… je sais dire « oui », je sais dire « non », mais j’ai du mal à être moi, je ne sais pas.
- Franç : La connaissance de soi n’est pas « l’acceptation de soi » et, par ailleurs, l’acception de soi ne constitue une solution à nos problèmes. Il y a en fait plusieurs choses à distinguer, je peux me connaître et ne pas accepter les situations. Je peux me connaître et accepter les situations, mais sans pour cela corriger les situations qui me sont pénalisantes.
La connaissance de soi ; accepter ou ne pas accepter les situations, puis les corriger, ce sont 3 choses différentes.
Quant au plan professionnel, il faut d’emblée poser les conditions de son contrat à son client, sinon, ce sera mal perçu.

Peut-on aller plus loin dans la connaissance de soi quand on ignore, ou qu’on ne révèle pas ce qui se passe à l’intérieur de soi ?
- René à Pasc : Est-ce que tu sais ce qui peut te permettre d’aller plus loin dans cette problématique avec toi-même ? Comment les choses t’apparaissent ?
- Pasc : Il y a une solution qui est simple, c’est d’arrêter de vivre. L’autre possibilité, c’est d’essayer d’évoluer, ce que j’ai fait. Mais il y a beaucoup de paramètres autour de moi qui n’évoluent pas
- Franç : Que voulez-vous dire que beaucoup de paramètres n’évoluent pas ? Si ce sont les choses en vous, il y a quelque chose à faire (car cela vous appartient, c’est la question existentielle de Sartre), mais si c’est à l’extérieur, c’est plus compliqué.
- Pasc : Par rapport à moi, j’ai le sentiment de faire des choses pour que les situations évoluent. Peut-être que je m’y prends mal, que je ne fais pas ce qu’il faut. Pourtant, je bouge, je sors, je mets en place des choses.
- Franç : Faire bien, faire mal, je me méfie de ces jugements. Je préfère la notion de faire « honnêtement », où l’on s’efforce de faire avec les moyens du bord.
- Pasc : Je ne pense pas être dans un jugement par rapport à moi. Je mets en place beaucoup de choses pour ouvrir les situations, mais rien ne fonctionne. Je vais danser, je vais à des vernissages, je pratique la voile, je fais de l’improvisation théâtrale, je viens ici au café philo…
- René : Tu as le sentiment d’une vanité des choses, de ne pas récolter le fruit de tes actions ?
- Pasc : Après des années d’effort, rien ne change vraiment, je ne vois pas. Je n’arrive pas à m’intégrer à un groupe, à avoir des amis qui auraient spontanément envie de m’appeler. Hier, il y a une jeune femme que je connais assez bien mais, incidemment, je l’entendais inviter quelqu’un d’autre, ce n’était pas moi.
- René : J’essaie de faire le lien entre les démarches que tu entreprends et les résultats que tu en attends. Tu dis que cela n’apporte pas grand-chose. Je ne suis pas certain de comprendre ce que tu attends des autres, d’une part et, d’autre part, ce que tu comprends de toi. Que comprends-tu de toi-même, des actions que tu mets en place ?
- Pasc : Au bout du compte, jamais personne ne m’appelle. Je n’ai pas d’amis ici, et cela fait plus de 20 ans que j’habite la région. Enfin, j’ai quelques amis, mais ils sont occupés par ailleurs.
- Franç : C’est un sentiment de frustration entre les efforts produits et les retours que tu en as ?
- Pasc : Je suis content de faire tout ce que je fais, mais je suis tout seul. Je prends conscience que ma vie est consacrée aux autres, mais au final, je suis isolé par mon attitude générale de vie.
- Franç : En quoi votre attitude générale de vie vous isole ?
- Pasc : Ben, je ne sais pas, justement, c’est ce que je ne comprends pas. Je vais vers les autres, je rends service. Hier, je ramenais une personne chez elle, sa situation était désastreuse, je lui ai donné des sous alors que je n’en avais guère plus qu’elle
- René : Mais que comprends-tu de cela ?
- Pasc : Je ne comprends pas, je me demande s’il faut arrêter, continuer… mais j’ai du mal à changer ce que je suis.
- Franç : Pourquoi le changer ?
- Pasc : Parce que je n’ai même pas de retour positif…
- Franç : J’entends cette question des retours positifs, cette valeur que l’on s’accorde à soi et que l’on accorde plus aux autres qu’à soi. Je m’aperçois que ceux qui arrivent à s’accorder de la valeur, de l’intérieur, ont en général plus de facilité. Mais, et c’est une remarque un peu amère, le positivisme a ses limites, on ne peut pas simplement se valoriser et penser que tout ira bien. (Reformulation en forme d’écho)
- Pasc : Je suis quelqu’un qui a beaucoup de confiance en soi pour certaines choses, mais pas assez par rapport à d’autres. Ma générosité peut passer comme étant le fait d’une personne molle et transparente.

Remarque : Pasc reste dans le descriptif de situations, il ne répond pas aux questions, il répond comme s’il se voyait de l’extérieur, en termes de résultats ou de jugement sur sa personne. Il ne perçoit pas ses scénarios (son dialogue intérieur), ou il ne les partage pas. C’est comme s’il ne faisait pas le lien entre sa manière de faire et les conséquences que cela entraine. Question : peut-on être compris des autres si on ignore soi-même ce qui se passe en soi, si on ne le partage pas avec autrui, ou si on ne fait pas d’hypothèse sur ses manières de penser sa vie, sur ses motivations intimes, si on ne prend pas le risque d’exposer ce qui se passe en soi, dans les ressorts de sa pensée ?

Le vide existentielle de la vie, un vide de soi ?
- Vinc : Pour t’inscrire dans des réseaux, créer des liens, tu diversifies ton quotidien par différentes activités, et en fait, au final, tu te retrouves toujours avec le même problème. Cela me met un peu mal à l’aise quand tu dis que tu veux arrêter, je trouve que c’est dure, c’est pour cette raison que je me suis tu. Je repense à la position existentielle évoquée en début de séance : « tu n’es pas cause ni responsable des événements qui se déroulent autour de toi mais, par le fait que tu en sois témoin, c’est l’opportunité qui t’ai donné d’agir sur eux. Mais je me demande, te sens-tu parfois en difficulté pour te remplir existentiellement, ce qui expliquerait ton envie d’arrêter ? Pourtant, tu exprimes une certaine valeur de toi, par ton travail.
- Pasc : j’ai une dichotomie, d’un côté, j’ai ma vie professionnelle, et de l’autre, ma vie personnelle. Je ne suscite pas l’intérêt de mes connaissances, on ne m’appelle pas, je n’ai pas d’ami.
- Vin : Tu juges ta valeur par le fait de n’avoir pas d’ami, mais sur le plan professionnel, c’est ok.
- Pasc : Oui, mon attitude doit être modifiée car ma manière de faire fait que je n’ai pas de retours amicaux
- René : Vinc a évoqué l’idée d’un vide existentiel, comme si ton existence n’était pas suffisamment remplie. Dans un rapport intime avec toi-même, est-ce que tu ressens un vide de ta propre existence ?
- Pasc : Un vide ?
- René : Oui, ton sentiment d’existence ne serait pas suffisamment plein… Mais c’est à toi de reformuler, de préciser ce que tu sens effectivement.
- Pasc : Je me sens totalement pas à ma place. C’est clair. Professionnellement et dans ma vie privée aussi.
- Franç : Et votre place serait où ?
- Pasc : Ma place sera de me sentir épanoui, avec des gens qui m’aiment autour de moi, professionnellement, avec une reconnaissance au niveau planétaire, sans prétention de ma part. J’ai gagné neuf concours dans ma branche, en étant anonyme, avec des jurys internationaux (France, Japon, Belgique, Italie). J’ai été ambitieux, mais je ne suis pas prétentieux.
- Isa : Ce regard extérieur, ces réussites, c’est valorisant, non ?
- Pasc : Ben je crée de nombreux produits, mais il y en a peu qui percent. Ce n’est pas à la hauteur de ce que cela devrait être.
- Vinc : Mais dans un monde concurrentiel, n’est-ce pas normal ?
- René : Si on fait référence à l’image intime de soi et que l’on demande : quelle est ma place ? Peux-tu répondre à partir de « toi » de ton sentiment intérieur, et non pas, idéalement, ce que tu aimerais que ce soit ? Comment réponds-tu ?
Pasc : Quelle est la question ?
René : Qui es-tu, qu’est-ce que tu es, comment tu te sens dans l’intimité de ton être ? Peux-tu répondre à partir de toi, et non à partir de la reconnaissance que tu souhaites d’autrui ?
- Pascal : Je ne me sens pas à ma place, humainement parlant, professionnellement parlant.

Remarque : Pasc ne répond pas à partir du sentiment de soi (je me sens triste, malheureux, abandonné, dans un sentiment de désastre, en colère…) mais : « je ne me sens pas à ma place », comme s’il savait que sa place était ailleurs que là où il est aujourd’hui. Il répond à partir d’un idéal projeté.

S’occuper de soi, s’occuper des autres, et impliquer sa vie
- René : Où est ta place ?
- Pasc : C’est de pouvoir exprimer ce qui me vient à l’esprit avec une amplitude de visibilité différente que celle que j’ai à Annemasse.
- René : C’est donc sur le plan professionnel.
- Franç : J’imagine que le plan professionnel rejaillit sur le plan intérieur.
- René : La reconnaissance professionnelle ferait le lien avec la reconnaissance personnelle ?
- Franç : La validation peut provenir autant du professionnel que du privé.
- René : Je peux tout perdre et garder malgré tout le sentiment de ma propre existence, n’est-ce pas ?
- Pasc : J’ai le sentiment de m’être occupé des autres depuis 30 ans. Je me suis oublié en tant que personne.
- René : Donc tu verrais l’intérêt de t’occuper de toi. C’est quoi cette manière de s’occuper de soi ?
- Pasc : Ben c’est ce que je fais, je sors, je viens ici, je vais ailleurs, je participe à des activités.
- René : Et cela a peu d’effet, et on essaye de comprendre ce qui se passe, pourquoi est-ce que cela a peu d’effet ?
- Pasc : C’est ce que je ne comprends pas.
- Franç : S’occuper des autres, c’est souvent un moyen de ne pas s’occuper de soi, de ne pas s’attaquer à ses zones d’ombre.
- Pasc : Peut-être. J’ai reçu une éducation qui a généré un manque d’épanouissement.
- Franç : Dans notre vie, on a deux réservoirs, un d’amour et un de confiance. Ils sont complémentaires et en partie indépendant. Ils sont alimentés par nos éducateurs, les parents, les professeurs, les responsables de sport, etc. jusqu’à l’âge de nos 20 ans, et après, c’est à nous d’alimenter ces réservoirs. S’ils ont été mal alimenté, c’est à nous de compenser. Mais la vacherie de la vie, c’est que c’est beaucoup plus difficile de le faire quand nous sommes adultes. Et l’oubli de soi est une manière de ne pas s’alimenter.
- Pasc : C’est ce que j’essaie de faire. C’est le constat que je fais. Par exemple, je m’investissais pour des enfants, pour leur donner de la confiance en eux, en fonction des capacités de chaque enfant, et non pas en fonction de la moyenne du groupe. J’ai pris conscience que je pouvais leur donner ce que je n’ai pas eu.
- Franç : S’occuper des autres, avoir des valeurs, ce sont des piliers qui vous tiennent, mais ce n’est pas forcément un axe de construction intérieur. Je me demande finalement, s’il ne faudrait pas un 3ème réservoir : celui du sentiment d’existence.
- Pasc : Au-delà du passé, je reviens vite à moi-même, à ce vide, et ça pose la question d’exister.
- Franç : L’existence passe par le corps (le théâtre, le chant, la danse, le sport, ….). Vivre, au sens d’être présent au monde, demande de passer par un corps dans lequel on se sent bien.
- Vinc : Il y a peut-être également des réservoirs troués.
- René : Quand tu apportes des choses aux gens, cela ne nourrit pas tes réservoirs ?
- Pasc : Non, au final, c’est le constat que je fais. J’ai donné, proposé, offert. J’ai fait comme je sentais les choses, mais, au-delà de tout ça, je reste un peu vide.
- Franç : Je ne peux pas parler pour toi, mais il m’est arrivé d’investir de mon temps, de mon énergie, mais finalement, pas de ma personne. J’en retire finalement assez peu. D’autres situations où j’ai investi davantage de ma personne, et moins sur le plan matériel, m’ont apporté plus de retour. Peut-être que l’idée c’est de savoir où nous conduit ce que l’on se cache à soi-même, afin d’aller puiser là-dedans, afin de le mettre sur la table, plutôt que de rechercher des éléments factuels, qui en fait, ne disent pas grand-chose.
- René : L’image intime de soi est en partie héritée de son éducation. Tu avais dit que tu avais hérité de quelque chose de pas simple à prendre.
- Pasc : Je dirais qu’il n’y a presque pas d’image de moi. Je sais ce que je ressens au fond de moi depuis très longtemps. J’ai mis en œuvre des choses pour montrer que j’étais capable de me débrouiller.

Peut-on faire grandir l’image intime de soi, celle que l’on porte dans ses profondeurs ?
- René : La question que je me pose par rapport à cette image intime de soi c’est : est-il possible de travailler sur elle et, à partir d’elle, de la faire évoluer ?
L’autre question que je me pose est, est-ce que cette image intime de toi agit malgré toi ? C’est-à-dire, que cette image serait perçue par tes connaissances, tes amis, tes clients et qu’elle aurait un effet sur ce que tu attends des événements, des actions que tu poses ?
- Vinc : Si ton image est absente, c’est plus difficile de l’habiter. Il y a un enfant qui a envie, et un adulte qui reste insatisfait.
- René : L’image de toi est en fait l’image dont tu as hérité. Ce n’est pas l’enfant en toi, mais c’est ce que ton environnement a fait de toi.
- Pasc : Oui, c’est un état des lieux cette image.
- René : Quand on convoque l’enfant en soi : qui convoque-t-on ? L’enfant malheureux, celui qui est le résultat de l’éducation reçue, ou l’enfant profond, innocent, celui qu’une éducation maladroite, perturbante, n’aurait pas altéré ? Un tel enfant existe-t-il en soi ?
On travaille à partir d’hypothèses, mais j’imagine, si l’enfant profond en soi grandit, alors tout grandit, tandis que si cet enfant reste à l’image des blessures reçues, est-ce qu’il grandit encore ?

Tutoiement – vouvoiement.
- Franç : Par rapport au vouvoiement. J’entends que vous vous respectez vous en pratiquant le vouvoiement, et je le respecte aussi, je n’ai donc pas de problème avec ça.
- Pasc : Vous pouvez me tutoyer….
- Franç : Mais je n’aime pas, je préfère des rapports équilibrés. Quelque part, cela peut être ressenti comme un rejet, ce qui ne facilite pas forcément les rapports.
- Pasc : Oui, mais, je me protège par rapport à d’autres relations et je trouve aujourd’hui que cela me convient de laisser le temps au temps..
- Franç : J’entends la protection. Je vous rends attentif que cela peut être interprété comme une mise à distance, que cela peut mettre des barrières.

Dernier tour de parole.
- Franç : Ce n’est pas à l’extérieur d’agir, car je n’ai pas, sur l’extérieur, de pouvoir réel.
Je suis responsable, non pas des circonstances, des choses qui arrivent, mais de la réponse que je leur donne. Je ne suis pas responsable des embouteillages, mais de mon agacement.
Sinon, on sent une grande sensibilité, une grande richesse, mais c’est comme si le monde n’était pas adapté à cette sensibilité.
- Vinc : J’ai été marqué par une richesse intérieure très grande et une image de soi très dépréciée. La connaissance de soi serait de faire en sorte que sa richesse soit reconnue, que le décalage entre soi et l’image de soi se réduise un peu.
- Isab : J’ai préféré être dans l’écoute. Ce que vous dites me remue trop. Vous êtes quelqu’un de profond. C’est comme si la sensibilité du monde n’était pas prête à recevoir la vôtre. L’autre ne sait pas comment partager votre profondeur, votre sensibilité.
Sinon, être dans son corps, et se connecter à une simplicité de vivre. En me laissant vivre dans mon corps lors d’ateliers de Qi gong, c’est ce qui m’a permis de me reconnecter à moi-même.
- Pasc : j’ai été sujet, mais je n’ai pas la solution. Je suis pris dans quelque chose. Il y a une envie, mais au bout de tant d’années d’effort, on n’a plus tellement envie d’essayer. C’est un constat.
- René : Est-ce que les choses qui ont été dites ce soi vont t’aider, faire écho ?
- Pasc : c’est un peu dure de répondre dans l’immédiat. Les choses se nourrissent sur le temps, mais mon constat est sur 30 ans, il n’est pas que ce soir.

Dessin animé. L’animation « Balto » est évoqué. Il s’agit d’un chien loup tiraillé entre son côté sauvage et son côté domestiqué. Qui tu es est plus important que ce que tu es. Autrement dit : les valeurs que tu vises sont plus constructives que les jugements que tu portes contre toi.

Ressenti personnel : J’avais le sentiment que Pasc faisait de nous (les participants) à la fois les témoins et les acteurs de son impuissance.
Ce n’est pas la première fois que je suis témoin de situations comparables, où une personne se trouve entourée de beaucoup d’attention, d’écoute, mais que rien ne semble suffire pour la soulager du fardeau qu’elle porte, rien ne l’écarte de son propre désarroi. C’est probablement les limites de notre exercice, on propose une écoute, un partage, mais ceux-ci peuvent se révéler vains, sans effet. Il convient peut-être d’orienter ces personnes, et si elles le souhaites, vers des professionnels, vers des approches thérapeutiques qui ont fait leur preuve.



René Guichardan
Ce compte-rendu résume quelques problématiques évoquées, il n'est pas un verbatim des échanges. Les participants sont invités à poster leurs propres analyses, points de vue ou version de leurs échanges. Toute personne peut également intervenir dans ce forum, dans le respect de nos règles de fonctionnement.
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