La philosophie doit-elle répondre aux questions qu’elle pose ? Karl Jasper a-t-il été bien compris ?

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La philosophie doit-elle répondre aux questions qu’elle pose ?  Karl Jasper a-t-il été bien compris ?

La philosophie doit-elle répondre aux questions qu’elle pose ?

Karl Jasper a-t-il été bien compris ?

 

Merci Wilfrid pour ta question et ton introduction ci-dessous :

 

Karl JASPERS, Introduction à la philosophie, 1965 :

"Le mot grec « philosophe » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd’hui : l’essence de la philosophie c’est la recherche de la vérité non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu’à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, complet, transmissible par l’enseignement. Faire de la philosophie c’est être en route. Les questions en philosophie sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question".

 

Michel Onfray, Théorie du corps amoureux, 2000 :

« [La philosophie devrait cesser] de se contenter, comme elle le fait depuis longtemps, de problématiser, de faire l’histoire des problèmes et de suivre à la trace l’odyssée des questionnements quand elle gagnerait en devenant clairement la discipline des solutions, des réponses et des propositions.

Pour ma part, je ne me satisfais pas d’une philosophie de pure recherche qui consacre l’essentiel de son temps et de son énergie à solliciter les conditions de possibilité, à examiner les socles épistémiques sur lesquels se peuvent poser des questions. Je préfère envisager, à l’autre extrémité de la chaîne réflexive, la somme des affirmations et des résolutions utiles à la conduite d’une existence lancée à pleine vitesse entre deux néants. L’option théorétique produit des pensées autistes et solipsistes, des systèmes et des visions du monde apparentés à te purs jeux de langage destinés aux spécialistes, réservés aux techniciens, confinés aux laboratoires. Sur le terrain philosophique, je m’intéresse prioritairement à ceux qui trouvent plutôt qu’à ceux qui cherchent – et j’ai toujours préféré une petite trouvaille existentiellement utile à une grande recherche de philosophie inutile dans la vie quotidienne. Une anecdote et deux lignes extraites du corpus cynique me porte toujours plus loin intellectuellement et concrètement que les œuvres complètes de l’ensemble des productions de l’idéalisme allemand. »

 

Jean LEFRANC : maître de conférences honoraire de philosophie, université de Paris-Sorbonne ; Jacques BILLARD : professeur agrégé à l'Institut universitaire de formation des maîtres de Versailles ; Jean-Jacques WUNENBURGER : professeur émérite de philosophie à l'université Jean-Moulin, Lyon :

« En philosophie, les questions sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question. » Cette formule de Karl Jaspers, isolée de son contexte, a été trop souvent reprise, élargie au style aporétique de l'interrogation socratique ou d'un simple scepticisme (« Que sais-je ? »). Piètre échappatoire à l'objection de la multiplicité des systèmes ! Ce n'est d'ailleurs pas que la question philosophique soit sans réponse, mais au contraire qu'elle apporte une multiplicité de réponses. Elle se distingue alors nettement du problème théorique ou technique, appartenant à un domaine scientifique déterminé et qui, s'il est correctement posé, a ou aura une solution. Même l'indécidabilité d'un problème logico-mathématique est une solution qui se démontre : elle ne peut caractériser la question philosophique. Faut-il donc espérer la transformer en un problème susceptible d'une solution, par l'adjonction de données qui la déterminent suffisamment ? C'est ainsi, semble-t-il, que la question métaphysique du vide, devenue scientifique, a été résolue par des expériences célèbres. Voilà qui ne paraîtra satisfaisant qu'à ceux qui, à l'instar des positivistes, réduisent la question philosophique à une pensée préscientifique. Mais il suffit de lire Kant ou Bergson pour se convaincre que la question philosophique du vide n'a pas été scientifiquement abolie. Et une question portant sur la liberté humaine ou sur l'existence de Dieu, comment pourrait-elle être « saturée », sinon en reportant le questionnement sur les données mêmes qui doivent la déterminer ? Les questions de la tradition métaphysique ne peuvent être récusées comme de « faux problèmes » sans qu'il soit d'abord répondu, explicitement ou non, à la question, toujours présupposée, « qu'est-ce que la philosophie ? ».

 

Quelques ressources

Un entretien avec Karl Jaspers : l'homme et la bombe. Article de l'Express

Introduction à la philosophie, Karl Jaspers par Simone Manon. (PhiloLog)

Un résumé-vidéo ici de la philosophie de Karl Jasper (en anglais avec transcription). Durée 4mn. (N'ai pas trouvé de ressources vidéo en français).

A quoi sert la philosophie ? La réponse de Gilles Deleuze en 3mn.

Pratiques philosophiques et histoire de la philosophie. Article de Michel Tozzi.

Dicocitations du Monde sur Karl Jaspers. 

Mikel Dufrenneet Paul Ricoeur (Karl Jaspers et la philosophie de l'existence. 2000) :

«Une philosophie de l'existence comme celle de Karl Jaspers n'est pas seulement l'itinéraire d'une conscience individuelle ; elle fait appel à d'autres consciences individuelles et tente à l'extrême de communiquer avec elles, à la faveur d'un langage commun. Mais en retour, si le langage est commun, la pensée qu'il véhicule ne peut être chaque fois qu'individuelle. Je pense, tu penses, et nul ne peut produire à ma place ce courage et cette docilité par quoi la pensée est toujours l'action intérieure d'un individu. Seuls les mots, l'appareil des concepts, la carcasse des arguments, sont entre les consciences, couchés dans les livres, radicalement anonymes, et attendant d'être vivifiés par une expérience unique comme celle de leur auteur et naissant en liaison avec celle-ci. On n'entre donc point en curieux dans une telle pensée, mais par une sympathie active qui n'est d'abord qu'un risque gratuit, mais qui peut devenir un dialogue fécond, même - et surtout - si le dialogue doit être ce combat amoureux qui figure, selon Jaspers lui-même, la forme la plus haute de la communication des consciences.»

 

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