Qui a tué Socrate, qu'est-ce qui tue le Socrate en nous ?

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Qui a tué Socrate, qu'est-ce qui tue le Socrate en nous ?

Qui a tué Socrate, qu’est-ce qui tue le Socrate en nous ?

L’acte d’accusation porté contre Socrate 

Devant la justice, Socrate est coupable de :

> corrompre la jeunesse,

> de ne pas croire aux dieux qu’honore la cité,

> et de croire en d’autres choses, des affaires de démon d’un nouveau genre.

 

Mais il y a aussi la rumeur, la foule, les gens de peu réflexion qui, en définitive, ne s’avèrent pas aussi nombreux à désirer la mort du philosophe. La condamnation de Socrate se joue à 30 votes près sur 501 votants.

Selon Socrate, c’est la méchanceté et la calomnie qui le conduisent à son procès (23c à 24b).

Les gens l’accusent de mener des recherches inconvenantes (sur les choses qui sont en l’air, comme les planètes, et les choses qui sont sous ou sur la terre, comme la nature). Il fait de l’argument le plus faible, le plus fort, disent-ils.

 

Qui porte l’accusation de Socrate devant le tribunal ? 

> Mélétos, Lycon et Anytos, lesquels représentent respectivement, les poètes, les orateurs (ce sont les politiciens) et les gens de métiers (les artisans).

Lors de son enquête, Socrate les a mis à l’épreuve tour à tour :

- Les politiciens sont les pires de tous (21e à 22a) : Je continuais d’aller voir les hommes politiques les uns après les autres. Même si je me rendais compte, non sans chagrin ni crainte, que je me faisais des ennemis (…) Athéniens, car je dois vous dire la vérité – mon impression, je l’avoue, fut à peu près celle-ci : ceux qui avaient la réputation la meilleure m’apparurent, au cours de l’enquête que je menais à l’instigation du dieu, être à peu d’exception près, les plus démunis…

- Les poètes (22c) « Ce n’est pas en vertu d’un savoir qu’ils composent, mais en vertu d’une disposition naturelle et d’une possession divine, à la manière de ceux qui font des prophéties et de ceux qui rendent les oracles ; ces gens-là aussi disent beaucoup de choses admirables, mais ils ne savent rien des choses dont ils parlent (et les poètes sont dans un état analogue aux prophètes).

- Les artisans (22d) : Les artisans savaient effectivement des choses que je ne savais pas et, sous ce rapport, ils étaient plus savants que moi. Pourtant, Athéniens (…) chacun, parce qu’il exerçait son art de façon admirable, s’imaginait en outre être particulièrement compétent dans ce qu’il y a de plus important (le bien, le juste, le vrai ou l’éthique et la politique)

 

"Il est à craindre que nous ne sachions rien qui vaillent la peine", conclut Socrate. A la différence de tous ceux qui s'imaginent détenir un savoir, Socrate n'imagine même pas savoir ce qu'il ne sais pas :"N'est-il pas préférable que je sois comme je suis, n'ayant ni leur savoir ni leur ignorance, plutôt que d'être comme eux, à la fois savant et ignorant ? (22e)

 

On sait que pour Socrate, sa mort lui est indifférente, il ne cherche nullement à lui échapper. "Soit il y a quelque chose, soit il n’y a rien" (40c) examine-t-il. S’il n’y a rien, il n’y a rien à redouter, et s’il y a quelque chose, sa vie a été si droite, qu’il se réjouit par avance d’y rencontrer Hadès, les dieux, les demi dieux et les anciens. Il projette en effet de poursuivre avec eux son enquête sur la vérité.

 

Ce que semble faire Socrate contre son intérêt (pour rester en vie)

Socrate accuse de façon quasi frontale l’assemblée des juges (et l’assemblée des peuples) de corruption (31e) : « Il n’est en effet personne qui puisse rester en vie, s’il s’oppose franchement soit à vous, soit à une autre assemblée. »

 

Socrate pouvait négocier sa peine, mais il refuse l’argent que lui propose de nombreux et riches amis pour racheter sa peine, il pouvait demander à être exilé, il pouvait promettre de ne plus tenir de discours en public, il pouvait implorer pitié pour ses 3 enfants et demander à poursuivre leur éducation, mais il ne fait rien de tout cela.

Comme s’il provoquait les juges, il estime que, étant vertueux envers la cité (comme un taon qui pique un cheval endormi, et lui redonne sa vigueur), Socrate mérite d’être traité comme un vainqueur à Olympe, et d’être nourri et logé au frais de la cité (36d à 37a). « Je ne vais tout de même pas commettre une injustice envers moi-même en admettant qu’on m’inflige une peine…(37b), assure-t-il.

 

Enfin, la condamnation est confirmée et, alors qu’il dort paisiblement dans l'attente de son exécution, son ami Criton lui rend visite dans sa cellule, il lui propose de s’enfuir, arguant plusieurs motifs parmi lesquels :

- la justice rendue n’est pas juste,

- ses ennemis auront gagné sur lui,

- il implore Socrate pour qu'il ait de la considération pour ses amis qui vont tant le regretter,

- il pourra poursuivre l’éducation de ses enfants encore jeunes,

- il continuera son enquête partout où il le pourra,

Mais Socrate tient à respecter la « Loi », et se résout à boire la ciguë.

 

Pour notre débat, reprenons la question : à votre avis, qu’est-ce qui tue Socrate ? A quelle valeur obéit-il ? Supposons que Socrate représente un principe de vie, un principe d’impertinence, celui d’une jeunesse de l’esprit, d’un désir de vérité, qu’est-ce qui, aujourd’hui, tue ce principe, en soi et dans la société ?

 

La réponse de Nietzsche : 

« Socrate voulait mourir : ce ne fut pas Athènes, ce fut lui-même qui se donna la ciguë, il força Athènes à la lui donner... » Le Crépuscule des idoles

 

Une anecdote :

Quelqu'un lui ayant donné un coup de pied (à Socrate), il dit à ceux qui admiraient sa patience : Si un âne m'avait donné une ruade, irais-je lui faire un procès ? Diogène Laërce Livre II (Remacle)

 

Ressources 

Qui a tué Socrate ? Les 4 épisodes des Chemins de la philosophie. France Culture.

Une vie, un oeuvre : Socrate. France culture.
L'événement Socrate. Paul Ismard, historien. La vie des idées.

 

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